Je n’ai pas tenu le journal à jour depuis deux semaines. J’ai commencé à écrire une histoire qui a monopolisé toute mon inspiration. En plus, j’ai passé beaucoup de jours à Clermont-Ferrand où le travail et Cl m’accaparent beaucoup également. L’emprise de Cl n’est pas une contrainte au contraire, c’est plutôt une douce addiction vers laquelle j’ai de plus en plus envie de me laisser aller.
Tout à l’heure, je vais m’envoler pour Venise. Ça fait des mois que le voyage est prévu mais je ne réalise que ce matin que dans quelques heures, je divaguerai dans les ruelles de la plus belle ville du monde. Lorsque je parle de cette ville aux gens, nombreux sont ceux qui sont pétris d’a priori à son sujet. Ils ne voient que le flot de touristes qui y séjournent. C’est pourtant la seule ville au monde qui, de par sa conception même, a été épargnée de la mondialisation et de ses effets mimétiques. Cette ville ne ressemble à aucune autre et le temps s’est arrêté là-bas. Dans un texte dont la Venise des années 1950 est le sujet, tout est familier même si on ne connaît Venise que depuis les années 2000... Le temps me tarde à présent d’embarquer dans un vaporetto et de mettre entre parenthèses les soucis de mon quotidien.
Hier soir, ne sachant pas vraiment quoi faire en rentrant à la maison, j’ai regardé la télévision et je suis tombé sur un débat irritant: Faut-il interdire la Burqa? J’ai été choqué des propos de certains intellectuels et particulièrement par ceux d’Elisabeth Badinter qui m’avait pourtant ouvert les yeux sur bon nombre de choses dans son bouquin « XY » il y a quelques années. Et puis, il y a le combat de son mari contre la peine de mort! L’entendre dire que ses « femmes voilées de haut en bas font peur à nos enfants et petits-enfants » m’a fait dresser jusqu’au dernier tube capillaire que j’avais sur la tête. Elle critiquait aussi l’attitude des médias qui depuis l’ouverture du débat diffusent des reportages qui montrent que pour beaucoup de femmes, le port du voile intégrale est un acte de foi et surtout un choix délibéré. Je trépignais sur le cuir désagréable de mon canapé Chesterfield en l’entendant dire des trucs pareils, relayée par une Fadela Amara qui semble n’avoir plus qu’un mot à la bouche à savoir « République », mot qu’on n’a jamais autant entendu depuis que les interdictions se multiplient! Au nom de la République, les libertés individuelles se réduisent à peau de chagrin et parce que quelque chose qu’on ne comprend pas nous est hermétique et nous fait peur, on décide de l’interdire, je trouve ça scandaleux. Autour de la table, seul un petit professeur de sciences politiques semblait avoir garder toute sa raison et parvenait à se sortir de son ignorance et de ses émotions pour analyser le phénomène. Je ne comprends pas pourquoi cet acte de foi est un danger pour la République, un trouble de l’ordre public, puisque c’est l’argument principal qui induirait qu’on légifère sur la chose. Des tas d’interventions rappelaient que l’islam n’invitait pas une femme à se cacher et que ce n’était qu’une frange intégriste de la religion musulmane qui poussait à cela. Je me suis alors posé la question sur ce qui, au départ pousse une femme de foi catholique à aller se cacher toute une vie dans un couvent. Je ne vois pas de différence et pour ma part, j’estime avoir assez de certitudes sur ce qui me constitue pour ne pas porter de jugement sur l’un ou l’autre de ces engagements. Bref, j’ai trouvé ces propos bien étranges et certains discours, les mots « peur », « au nom de la République » etc., ont eu pour moi la même résonance que ceux de Goebbels dans son journal avant l’avènement du IIIème Reich. N’en déplaise.
